Un livre en chantier : « Ciel ! Mon pays ou Le ciel vu de Belgique »

eros

Ciel ! Mon pays est un projet en chantier, un chantier à ciel ouvert, un ciel ouvert avec la complicité ludique de Guy Jungblut des Editions Yellow Now. Sous la bannière ironique et onirique du ciel vu de Belgique, la démarche poursuit une visée plastique, poétique et politique. La Terre vue du ciel, La Belgique vue du ciel, La Wallonie vue du ciel, La Flandre vue du ciel : la série prouve l’efficacité d’une recette et sa rentabilité sur le marché lucratif des béatitudes contemporaines. Certes, négligemment mis en évidence sur une table basse dans les salons des maisons bourgeoises, ces ouvrages font preuve d’une efficacité décorative incontestable. Mais à force, cette invitation à la contemplation ronflante de notre patrimoine finit par agacer : dans le genre, on se la joue un peu de haut. D’où le désir d’inverser la vapeur et de redescendre sur terre : le nez par terre et les pieds dans le ruisseau, mais en relevant la tête entre deux averses, le temps de prendre, de certains point de vue, des clichés du ciel bruxellois, wallon et flamand. On se rappellera la place de choix que l’état du ciel tient en Belgique, quelle que soit la région de la langue dans laquelle on aime cultiver ses inquiétudes. La course du ciel se fout royalement des frontières linguistiques : son indifférence au jeu des forces terrestres est sans bornes. Il n’en reste pas moins que, dans ce pays où j’ai appris à marcher en regardant mes pieds, une attention particulière aux considérations que drainent les humeurs du ciel invite à prendre soin de cet inépuisable lieu commun, dans quelque registre qu’on puisse le décliner – la science des augures n’étant certes pas le seul à retenir ma curiosité. Un lieu commun ? La belle affaire ! C’est bien ce qui semble nous manquer, par les mauvais temps qui courent, pour vivre ensemble dans ce (petit) royaume ici-bas. Côté images, Ciel ! Mon pays s’inscrit dans la tradition de la photographie conceptuelle des années septante. Mais il ne se réduit pas à une démarche esthétisante qui tablerait sur l’efficacité plastique d’une enfilade de ciels photographiés à la verticale. Car c’est dans le contre-champ de ces prises de vue que le projet prend tout son sens ; le choix des lieux qui forment autant de points de vue du ciel de Belgique sert ici de levier à une sorte d’état des lieux : de leur présence en creux dans les légendes qui accompagnent cet état des cieux, la réflexion puise son principe et sa matière. Car c’est bien dans la mise en tension du champ et du contre-champ que réside tout l’intérêt de l’affaire, dès lors que le pari est d’opérer chez le lecteur un double déplacement du regard – au sens propre comme au sens figuré – en tirant un fil invisible entre lieu commun et lieux singuliers. Côté texte, l’écriture puise son inspiration formelle dans l’infinie variété des nuages, tout en appliquant le principe de la condensation à des humeurs bien terrestres, mais non moins variables que les humeurs célestes. Il me plaît d’autant plus de tremper ma plume dans ce ciel d’encre que, contrairement au flamand et à l’anglais qui distinguent, l’un de hemel et de lucht, l’autre the sky et the heaven, à l’horizon de la précieuse langue française, notre unique ciel n’est jamais complètement dégagé de quelques divines traînées sonores. Juste Ciel ! il faut donc conter avec la langue et ses bigoteries. Car in fine, c’est bien elle, le pays qu’il s’agit d’arpenter ici – ce terreau humide où pousse, mousse, aime et meurt la piante uomo.

(à paraître en 2010 aux Editions Yellow Now)

Une mignardise littéraire : « Lettre à mon oncle »

Lettre à mon oncle

Mise en nuages par Guy Jungblut et éditée par Yellow Now à 200 exemplaires numérotés de 1 à 200, augmentés d’une carte postale éditée par klet & ko, et à 20 exemplaires numérotés de I à XX, augmentés de deux cartes postales éditées par klet & ko – Septembre 2008

« (…) Cher mon oncle, nous ne serons jamais que des notes de bas de ciel ; comme l’écrivait Louis Scutenaire, nous vivrons toujours boueusement dans la boue. Mais cela étant, « Boue qui coule s’éclaircit », comme disent nos amis chinois qui ont beau jeu avec la langue, la langue de bois en particulier, au Stade où ils en sont avec les valeurs occidentales – dans les geôles de Pékin, cet été, à mon avis, il va y avoir du sport. C’est le revers de la médaille, ça, comme n’a pas dit cette nouille de Sarkosy à l’inauguration de la grande sauterie des nations civilisées, devant son bol de riz parfumé de scandale, trop occupé qu’il était sans doute à apprendre à se servir de baguettes – ça ne m’étonnerait d’ailleurs pas qu’il puise un de ces jours plus franchement dans les méthodes chinoises pour faire marcher les Français qui, comme on le sait, fonctionnent pas mal à la baguette. Mais je m’égare à nouveau dans la cité des nuages : revenons à ma coulée de boue et aux éclaircissements qu’elle emporte. Sache donc, au fond de ta Hesbaye natale, auprès de ton cumulus humide, que cet été je reviens à nos moutons, nos beaux nuages moutonnés de blanc, tu ne me croiras pas et pourtant c’est vrai : en août, je vais m’enfermer tout seul à l’Ile de Ré, pour écrire ce livre qui n’en finit pas de ne pas s’écrire, ça tu en sais quelque chose, ô mon oncle éditeur. J’ai déniché une jolie maison au bord de l’eau, sous le vent, le vent merveilleux qui fait tourner les pages et qui ne sait pas lire. Je vais donc m’atteler à déchiffrer la partition de mes jours accordéoneux et retrouver la petite musique des mots – ces nuages de mots qui, sait-on jamais où va le vent, finiront bien par former un Ciel ! mon pays (…) »

Un album de photographies légendées : « Marcel »

Marcel

Avec Dries Meddens et Laurent d’Ursel

« On n’est pas trop de trois pour se ressembler. Mais trois suffisent pour commencer à exister. Marcel raconte l’histoire d’une ressemblance décrétée sur un coup de tête, fouillée dans de vieux albums de famille, découverte dans un éclat de rire. A petite dose, elle agit comme une consolation. La ressemblance est un microcosme de démocratie directe, flagrante, festive. Marcel aurait pu être un autre. Ça n’aurait rien changé. Marcel n’existe pas. Marcel est une légende. Celle qui accompagne chaque photo. La ressemblance est un exercice de modestie à l’école de l’humour. Les rapprochements fortuits malmènent délicieusement l’arrogance des différences. Marcel troque, trafique, relativise sa carte d’identité. C’est la poésie du hasard que la ressemblance titille. Ça tombe bien : elle est chatouilleuse. Essayez ! Ça marche ! Foi de Marcel ! »

Éditions Yellow Now, Côté Photo, 2005 – ISBN 2-87340-194-X

Un essai littéraire : « L’échappée belge »

L'échappée Belge

« Une promenade entre le sens et la vie, sur les traces de Camille Lemonnier et d’Edmond Picard, de Louis Aragon et de Paul Nougé, de René Magritte et de quelques autres, en compagnie de Pascal Quignard »

« Notre société ne brûle plus les livres. Elle ne cherche plus à étouffer les voix dissidentes qui pourraient s’y dissimuler. Elle a même radicalement changé son fusil d’épaule : au banquet démocratique contemporain, elle les convie désormais à sa table en les exhortant à s’exprimer haut et fort. Liberté d’expression ! Que chacun prenne la part qui lui revient de droit, dorénavant, dans le brouhaha général de la grande fête de la modernité ! Ce faisant, notre société ne cherche plus à creuser l’écart entre la norme collective et ceux qui prétendent s’en désolidariser : au contraire, elle travaille, cette bonne mère, à resserrer en douceur l’étau du lien avec ceux qu’elle subordonne. Par dessous le Marché. Liberté d’expression ? Une appellation d’origine contrôlée, certes. Mais de sa mise en bouteille au Domaine réservé de la Loi à sa dilution dans l’eau claire du discours démocratique contemporain, elle a manifestement perdu de son corps et de ses arômes de sous-bois pour devenir notre vin de table quotidien : une piquette que l’on trouve, à un prix plus démocratique encore, dans les rayons de notre supermarché médiatique. Et c’est une ivresse légère et trompeuse que distille Le meilleur des mondes que décline un peu partout en Occident la société libérale noyée de langage. Une évidence, donc, comme ouverture de mon propos : notre société ne poursuit plus ni ne torture, relègue ou supprime ceux que, par convention collective, de guerre lasse, elle nomme écrivains. Elle s’en félicite même et ne rate pas une occasion de faire siens ceux d’entre eux qui se noient avec elle, dans le langage : elle leur réserve l’accueil et les louanges que vaut l’obéissance feutrée aux nouvelles prescriptions collectives de positivité, qui fleurissent comme des nénuphars géants sur les marchés flottants du discours. Le velours du langage plutôt que le rideau de fer, en somme: cause toujours, écrivain. Raconte-nous des histoires, car nous avons sommeil. Et le plus grand nombre de répondre à l’impératif moelleux. Et les plus enragés de sabrer dans des plumes : telles sont les vertus ultimes de l’oreiller démocratique contemporain. Désormais, une somnolente bienveillance se charge d’entretenir notre dépendance linguistique et sociale, avec l’aide de sa bonne fée le Marché: un seul coup de baguette suffit en ce monde à reléguer les voix dissidentes à l’intérieur du système (…) »

Octobre 2004, Didier Devillez Editeur –ISBN 2-87396-061-2

Ecrits adolescentenaires

« Vous chantez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Composez maintenant »
La migale et l’okapi, Jean de la Fredaine

Une sélection de poèmes et de textes de chansons, écrits entre 1990 et 2005, mis en musique, en voix, en bouche ou en corps – ou pas encore. Des textes originaux et quelques pastiches grivois. Bref : du grave, du léger, du (bon) cru et du (tout) cuit.
Tous droits réservés.

photo Joachim

Deux textes mis en musique et interprétés par Joachim Jannin

Ma foi
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Tous les chemins
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I. Textes originaux

 

Tous les chemins
(musique de Joachim Jannin)
© SABAM 2000 N°652308200

Des déserts de l’Afrique
aux rivages d’Asie
de la Nouvelle Amérique
à la vieille Océanie

Des plateaux de l’Atlas
à la barrière de corail
de la mer des Sargasses
à la baie de Shanghai

Du détroit de Gibraltar
au large du Brésil
et de Madagascar
à la pointe d’avril

De Paris à Lisbonne
de Moscou à Louxor
et d’Istanbul à Rome
en passant par ton corps

De la source au fleuve
et du fleuve à la mer
de la mère à la fille
et des fils à leurs pères


De janvier à décembre
et d’hier à demain
en rêvant du grand soir
dans le petit matin

Du désir à l’ennui en
passant par l’amour
et quelques grains de peau
qui méritent un détour

Des hommes en troupeau
aux femmes en basse-cour
les vivants ne possèdent
jamais qu’un contour

De l’étoffe de nos rêves
aux chiffons de nos corps
tous les chemins de la vie
nous mènent à la mort

Comptine
© SABAM 2000 N°652293900

La vie est brève
un peu d’amour
Un peu de rêve
on dit bonjour

La vie est vaine
un peu d’espoir
un peu de peine
on dit bonsoir

La vie est triste
un tour de charme
un tour de piste
et puis des larmes

La vie est drôle
un jeu d’enfants
quelques beaux rôles
pour les amants

La vie est telle
un feu de paille
et de dentelles
et on défaille

La vie est sage
de miroiter
quelques mirages
où nous leurrer

La vie est rare
beaucoup de vent
trop de connards
si peu de temps

La vie est rosse
pour nos maîtresses
que l’on engrosse
et puis qu’on laisse

La vie est courte
l’amour est lent
et on l’écourte
et on se ment

La vie est grise
et si on meurt
et si la crise
et si ma sœur

La vie est bête
on a beau rire
le temps nous aide
à en mourir

On sort on crie
et c’est la vie
on crie on sort
et c’est la mort


Madame
© SABAM 2000 N°65283300

Madame je vous trouve un peu vide de moi
madame je vous trouve un peu pleine de lui
entre nous cela prouve un peu l’ennui que moi
entre vos bras j’éprouve quand vous me parlez de lui

Madame je vous trouve un peu lasse de moi
madame je vous trouve un peu folle de lui
entre nous cela prouve la tristesse que moi
entre vos bras j’éprouve quand vous rêvez de lui

Madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
arrêtez de le rouler dans la farine

Madame je vous trouve un peu gouine avec moi
madame je vous trouve très babouine avec lui
entre nous cela prouve toute la peine que moi
entre vos bras j’éprouve à faire Tarzan comme lui

Madame je vous trouve un peu sourde avec moi
madame je vous trouve un peu gourde avec lui
entre nous cela prouve la patience que moi
entre vos bras j’éprouve à me répéter comme lui

Madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
arrêtez de le rouler dans la farine

Madame je le trouve un peu parti de rien
madame je me trouve un peu revenu de tout
entre nous cela prouve un peu l’ennui que moi
entre vos bras j’éprouve à vous flatter comme lui

Madame je vous trouve en fin de course avec moi
madame je vous trouve bien en bourse avec lui
entre nous cela prouve le remords que moi
entre vos bras j’éprouve à tromper votre ennui

Madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
madame votre amant a un gros tchoum sur la poitrine
arrêtez de le rouler dans la farine

Madame je vous trouve trop mariée pour moi
madame je vous trouve trop fardée pour lui
entre nous cela prouve le malaise que moi
de vous à moi j’éprouve quand on dîne chez lui

Madame je vous trouve trop certaine de moi
madame je vous trouve trop verlaine de lui
entre nous cela prouve tout le plaisir que moi
entre vos bras j’éprouve à me faire passer pour lui


Pas grand-chose
© SABAM

Je ne sais pas grand-chose
de l’amour et pourtant
j’ai appris quelque chose
De ses moindres tourments

Je n’y vois pas grand-chose
et pourtant mes amants
m’ont montré de ces choses
Ah vous dirais-je maman

Je ne crois pas grand-chose
et Dieu sait si pourtant
j’ai pratiqué la chose
et je sais faire semblant

J’ai brodé les mensonges
qui font passer le temps
car la vie est un songe
cousu de fils blancs

Je n’entends pas grand-chose
à l’amour et souvent
je désire autre chose
et j’attends le suivant

Je n’entends pas grand-chose
à l’amour et pourtant
le silence des choses
est devenu si bruyant

Je n’attends plus grand-chose
de l’amour et partant
je me couvre et je pose
car même le sentiment

J’ai brodé les mensonges
qui font passer le temps
car la vie est un songe
cousu de fils blancs

Je n’ai guère vu de rose
c’est à peine si je sens
le parfum de la prose
des belles chansons d’antan

Je n’ai guère vu de rose
mais les yeux des amants
qui m’ont couvert de roses
étaient rouge sang

Je n’ai guère vu de rose
mais soit dit en passant
entre le rouge et le rose
on ne saurait faire semblant

Je ne suis pas grand-chose
mais ma vie en passant
entre les mots et les choses
se faufile en chantant


Catin
(musique de Damien Hurdebise)
© SABAM 2000 N°652286300

Tu es née dans le ruisseau dans un matin blafard
un peu n’importe où et même un peu par hasard
de cette femme dont le père aimait le tour de reins
t’as jamais vu le film mais tu connais la fin

Tu t’es fendue le cul sur un bout de macadam
on t’a pas souvent dit je vous remercie madame
sous les miroirs qui font vaciller le monde
dans ton ventre où se fane une fleur moribonde

Et chaque jour qui se lève sur ton cœur délavé
et chaque nuit qui s’achève sur ton corps fissuré
rien ne lasse la haine mais rien ne sert de compter
les passes qui s’enchaînent et les miroirs brisés
catin

Tu en as vu défiler entre deux néons roses
de ces hommes dont la femme ne fait pas la vie rose
qui redressent entre tes mains leur désir égaré
et qui pleurent entre tes fesses la tristesse d’aimer

Mais ce soir t’en veux plus t’as envie de crever
comme un chien dans la rue comme une prostituée
trop remplie par ceux-là qui viennent tromper leur faim
au mirage d’un corps qui n’est plus jamais le tien

Et chaque jour qui se lève sur ton cœur décimé
et chaque nuit qui s’achève sur ton corps élimé
mais à quoi bon la haine à quoi bon décompter
les passes où se déchaînent les hommes affamés
catin

Tu as fini ton chemin de croix là au bord du canal
ça vaut pas le Golgotha mais ça fait pas trop mal
cette eau noire où se ride une lune frileuse
qui se souvient du cri de ta mère sur la Meuse

Et y a rien qui a changé dans la rue clandestine
le chemin de fer fait toujours trembler la vitrine
les trottoirs sont restés aussi dégueulasses
mais sur le siège en skaï une autre a pris ta place


Les garçons
© SABAM

Ils sont mignons quand ils s’en viennent
Ils sont couillons quand ils s’en vont
Les garçons

Ils font la pluie le plus souvent
Et le beau temps de temps en temps
Les méchants

Ils font semblant quand ils sont grands
Ils font sans nous quand ils sont soûls
Les voyous

Ainsi font font font leurs petites amourettes
Ainsi fond fond fond leur amour et puis s’en vont

Ils font la fête quand ils s’embêtent
Ils font la bête quand ils s’entêtent
Les bébêtes

Ils font les grands quand ils sont p’tits
Ils font des p’tits quand ils sont grands
Les charmants

Ils font comme si quand ils sont pris
Ils font comme ça quand ils sont las
Les papas

Ainsi font font font leurs petites amourettes
Ainsi fond fond fond leur amour et puis s’en vont

Ils font des phrases quand ils sont bons
Ils font des sons quand ils sont ronds
Ah les cons

Ils font l’amûr quand ils sont durs
Ils font la moue quand ils sont mous
Les pauv’choux

Ils font des pieds et puis des mains
Et puis plus rien le lendemain
Les vilains

Ainsi font font font leurs petites amourettes
Ainsi fond fond fond leur amour et puis s’en vont


L’ère est électrique
© SABAM

L’ère est électrique
le siècle est à l’orage
il pleut des statistiques
le temps est aux sondages

L’ère est électrique
le siècle est à la rage
du rêve économique
de l’argent tropophage

L’ère est électrique
L’époque au déballage
de secrets érotiques
et autres marécages

L’ère est électrique
La mode est au naufrage
des corps anorexiques
bouffés par des images

L’ère est électrique
la rumeur se propage
qu’ailleurs sous les Tropiques
le mal fait des ravages

L’ère est électrique
le monde est un village
de vacances mais l’Afrique
abîme le paysage

L’ère est électrique
la mort est à la page
de la blanche Amérique
de la chaise aux grillages

L’ère est électrique
surveillez vos messages
selon nos statistiques
vous êtes un peu volage


Et le vent me dépêche
© SABAM 2000 N°65299900

Et le vent me dépêche quelques nouvelles humides
d’une femme revêche mais en manque de guide
et que brûla la mèche d’un amour trop faillible
qui ne mit pas la flèche en plein cœur de la cible

Dans son corps une épine a planté un silence
et mon cœur se chagrine de sa folle impuissance
monte le chant du cygne à la mort qui s’avance
où d’un Dieu l’on devine la pâleur et l’absence

Et le temps qui me prêche d’une haleine fétide
une sombre calèche reprend ma danaïde
dans la terre sous la bêche se referme le vide
sur un prénom qui sèche un corps qui se déride

La nuit d’encre de chine tache mon ignorance
et des ombres raniment une molle espérance
où quelques mots s’échinent à crever le silence
dans la nuit qui décline l’ombre d’une potence

Et je cueille et je pêche quelques pensées morbides
à fleur de peau de pêche brûle un désert aride
un remords qui m’empêche et retient par la bride
et mes larmes trop sèches et mon cœur apatride

Et qu’importe la vague qui emporte Sodome
où donc voguent les âmes et qu’évoquent en somme
les lointains terrains vagues où nul Dieu ne pardonne
aux hommes qui divaguent aux femmes qui se donnent

Et mon corps où se fane un vieux cœur où se forme
un visage de femme que le masque déforme
quand remonte dans l’âme un quelconque état d’homme
qui plombe d’éclats mon âme et me brise la trogne

Et pourquoi on se tanne pour qui on s’époumone
à pleurer des vestales à prier des madones
ces chants qu’on entame cette parole que l’on donne
pour l’amour qui nous dame les morts que nous sommes


Chanson à boire
© SABAM 2000 N°652305100

Dans un bar
accoudé au comptoir
un homme rempli d’espoir
commande à boire
dans un bar
à l’abri des regards
il s’adresse au miroir
comme tous les soirs

Toute la journée il a travaillé
toute la journée il a travaillé
et il est fatigué

Alors ce soir
il est allé s’asseoir
dépenser son avoir
sans trop y voir
dans sa tête un brouillard
blanchit les idées noires
et sous un arrosoir
il s’invente une histoire

Toute la journée il a pas parlé
toute la journée il a pas parlé
et il est fatigué

Dans un bar
pour remplir le tiroir
d’un patron en jaguar
une femme travaille en noir
quand il ira la voir
tout au fond du couloir
dans son ventre d’ivoire
il perdra la mémoire

Toute la journée sa femme a crié
toute la journée sa femme a crié
et il est fatigué

Dans un bar
une joie provisoire
fait monter au parloir
des rêves de gloire
dans la cité dortoir
d’une banlieue mouroir
où la nuit reste à boire
à demain soir

Toute la journée il va travailler
toute la journée il va travailler
et il sera fatigué

Et le soir au bar
espérant le grand soir
il tiendra le crachoir
à la négresse en noir
qui fait jamais d’histoires
qui fait jamais d’espoir
qui fait que le trottoir
et fait semblant d’y croire

Echoué au comptoir
après la marée noire
roulant sous l’entonnoir
Ii dira ses déboires
Le monde est un foutoir
l’homme une bête de foire
qui rêve à l’abattoir
patron à boire


Ce grand carnaval
© SABAM 2000 N°652299300

C'est un filtre maudit
dans l'empire de mes sens
un fleuve qui charrie
des morceaux d'existence

C'est un souffle et un cri
c'est presqu'une cadence
un rythme qui survit
malgré les apparences

C'est un mouvement de hanches
qui fait rougir mon sang
et te donne mon ange
un divin ascendant

Sur la pâle arme blanche
qui martèle tes flancs
dans ce ventre où j’étanche
ma soif un instant

C’est une fleur vénale
que nourrit le terreau
du repos végétal
où se fanent les mots

C'est un voile de métal
qui épouse ta peau
de chair et de cristal
quand tu montres les crocs

C'est une hémorragie
qui éclate mes veines
chaude comme la vie
froide comme la haine

C’est une léthargie
qui prend fin dans l’arène
où contre ma folie
viennent se briser mes chaînes

C’est encore et toujours
ce grand carnaval
où me convie l’amour
à entrer dans le bal

Où je brûle mes jours
comme un feu de Bengale
dans l’espoir d’un retour
de la flamme idéale


Dans l’église mon frère
© SABAM 2000 N°652288200

Dans l’église mon frère aujourd’hui on célèbre
le retour de la guerre d’un homme las et meurtri
qui rappelle à son Père que le doute enténèbre
que règne sur la terre la bêtise et l’ennui

Et là montent du cœur des chants de balivernes
et les voix chevrotantes des brebis égarées
qui prirent un messie pour une vague lanterne
abandonnent aux vêpres leur désir angoissé

Et mille fois notre espoir comme une outre crevée
n’enfante en perdant les eaux qu’une sourde rumeur
qu’étouffe un Bon Dieu aux oreilles fatiguées
par la plainte d’un peuple qui n’écoute que sa peur

Et dites-moi Nom de Dieu quelle est la particule
de ce traître qui chante la noblesse du cœur
dans un nom trop commun pour un d majuscule
dans un lieu trop lointain pour qu’un désir s’y leurre

Dans l’église mon frère aujourd’hui on célèbre
nos querelles de frères qui ont tant épuisé
ce vieil homme et ce père qu’aujourd’hui on enterre
et que Dieu nous pardonne puisque c’est son métier


Maman
(musique de Damien Hurdebise)
© SABAM 2000 N°652305100

Moi quand je serai grande maman
j’irai voir si la terre est vraiment
vraiment beaucoup trop grande maman
comme le racontait Papa
quand on était tous les trois

Moi quand je serai moi maman
j’irai voir si le monde a vraiment
vraiment besoin de moi maman
comme le murmurait papa
quand y m’serrait dans ses bras

Et toi quand tu iras mieux maman
Quand tu auras cessé de prier Dieu maman
Et toi quand tu iras mieux maman
Quand

Moi quand je serai forte maman
j’irai voir si la mer c’est vraiment
le lit des amours mortes maman
comme il en pleurait papa
quand il me parlait de toi

Moi quand je serai riche maman
j’irai voir ailleurs si les gens
ailleurs si les gens trichent maman
comme il le disait papa
avant de nous planter là

Et toi quand tu iras mieux maman
Quand tu auras cessé de prier Dieu maman
Et toi quand tu iras mieux maman
Quand

Moi quand je serai femme maman
j’irai voir si les hommes sont vraiment
vraiment faits pour les femmes maman
comme il le hurlait papa
avant de cogner sur toi

Moi quand je serai mère maman
j’irai voir si la vie n’est vraiment
vraiment qu’une chimère maman
comme le soupirait papa
quand il avait bu des fois

Moi quand je serai vieille maman
j’irai voir si la mort c’est vraiment
vraiment si c’est pareil maman
comme il en crevait papa
quand il est monté sur le toit


II. Pastiches

 

Croque madame
(sur l’air de « Une souris verte »)
© SABAM 2000 N°052300500

Une vierge folle
en manque d’idole
elle m’attrape par la queue
j’veux que tu me croques monsieur
enlève ma chemise
soupèse ma bêtise
et sors de mon froc
le grand cric qui la croque


Trompes mari
(sur un air connu)
© SABAM 2000 N° 652301400

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes ta faim dans la soupe

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes ta faim dans le vin

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes le temps qui t’encroûte

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes le temps qui t’étreint

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes ta femme qui s’en doute

Trompes mari
mari trompe mari
mari trompes ta femme qui s’en plaint

Trempes mari
mari trempe mari
mari trempes ta faim dans ma croupe

Trempes mari
mari trempe mari
mari trempes ta faim dans mes reins


Homme égaré
(sur l’air de « Femme libérée » de Cookie Dingler)
© SABAM 2000 N°652303500

Il va s’allonger deux fois la semaine
pour démêler docteur les fils de la haine
qui détricotent son cœur de porcelaine
il aimerait dire je et pas toujours je t’aime

Ne le laisse pas tomber je sais qu’il est si docile
mais pour les hommes égarés les temps sont si difficiles
ne l’efface pas d’un trait il est si fragile
être un homme pour de vrai tu sais c’est pas si facile

Et ses émois lui font du souci
car tout nu sans son moi il n’est pas vraiment lui
et puisque les femmes ne le font plus roi dans son lit
il va cacher sa joie dans les pages de Lui

Ne le laisse pas tomber je sais qu’il est si docile
mais pour les hommes égarés les temps sont si difficiles
ne l’efface pas d’un trait il est si fragile
être un homme pour de vrai tu sais c’est pas si facile

Dans un roman qu’il écrira bientôt
il dira tout bas ce qu’il ne pense pas tout haut
et ce jour-là enfin il sortira du lot
mais là pour l’instant il a un peu trop de boulot

Ne le laisse pas tomber je sais qu’il est si docile
mais pour les hommes égarés les temps sont si difficiles
ne l’efface pas d’un trait il est si fragile
être un homme pour de vrai tu sais c’est pas si facile

Il va s’allonger deux fois la semaine
pour démêler docteur les fils de la haine
qui détricotent son cœur de porcelaine
il aimerait dire je et pas toujours je t’aime


Je bande
(sur l’air de « Je chante » de Charles Trenet)
© SABAM 2000 N°652294000

Je bande
je bande soir et matin
je bande
Ca me fait du bien
je bande
pour toutes les demoiselles
je bande pour Suzanne
je bande pour Lucienne

Je couche
la nuit sur l’or de leurs seins
ma bouche
de plaisantin
je suis heureux j’ai les choses en main
car je bande sur mon chemin

Les femmes
divertissant mon ennui
m’affament
au pied du lit
la brune
s’y faufile à pas de loup
la blonde à pas de chienne
et la rousse à genoux

En homme
je leur fais l’ange puis la bête
de somme et
je me répète
que ceinture noire de kamasutra
ha ha ha ha ha ha ha

 

Et depuis
je bande
je bande soir et matin
je bande
et c’est pas rien
je bande
et de femelles en femelles
je bande pour ma femme
je bande pour la tienne

Oui je trousse
la nuit des filles de joie
qui poussent
des cris d’effroi
vraiment je suis heureux comme un chien
car je bande sur mon chemin

Je bande
mais le plaisir qui m’assaille
débande
mon attirail
je sombre
soudain au creux de ses reins
me voilà dégonflant
dans la faille mon gourdin

Mon arme
pourquoi pleures-tu de la sorte
des larmes
blanches et mortes
madame vous m’avez si bien besogné
Hé hé hé hé hé hé hé

De force
alors sa bouche me prit
féroce
quel appétit
sa langue
titille la peau de chagrin
le monstre se redresse
et repart au turbin

Oh pucelle
tu fais retomber la pluie
du ciel
et tu rougis
car dans tes yeux monte un paradis
et ça fait guili guili guili