Du 20 janvier 2017 au 20 janvier 2018, Anima Ludens accueille en résidence le travail de l’artiste Alessandro De Francesco, sous le motto qui est le sien : Poetry As Artistic Practice.  C’est une résidence d’un genre nouveau, j’en conviens – quelques mots à ce sujet, donc. 

Ce projet est né de l’étrange conjonction d’une fatigue et d’une rencontre. La fatigue concerne l’image : je fatigue de l’image (d’art) contemporaine, au sens le plus large. Je fatigue de son mode et de son rythme de production, d’exposition, de circulation, de consommation. Je fatigue de ses ficelles et de ses trucs. Je fatigue de ses codes et de ses rituels. Je fatigue de ses prêtres, de ses temples, de ses églises et de ses chapelles. Il y a quelques mois, j’ai apposé sur ma vitrine une intention, sous la forme de deux mots : SLOW ART. Je n’ai rien inventé ici : je me suis juste laissé inspirer par ceux qui, dans d’autres champs de production, ont décidé de quitter le modèle économique dominant. Aujourd’hui, j’aimerais concrétiser cette intention. Il s’agit de faire mieux avec moins, en quelque sorte : de réduire sa parcelle, de cultiver autrement son jardin. Laisser un artiste en friche, retrouver le temps nécessaire à la rencontre de son travail. Retourner à un mode de diffusion plus confidentiel des œuvres d’art, aussi ; quitter la vaine agitation du monde contemporain autour de « l’événement » – un vernissage, un finissage – dont le temps court ne semble plus permettre aux artistes de poser autre chose que des « gestes » au service d’une « actualité » : une ligne dans un CV, une image sur Instagram, un statut sur Facebook – aussitôt apparus, aussitôt disparus, comme de vieilles nouilles emportées dans le siphon par l’eau de vaisselle.

La rencontre est celle d’Alessandro De Francesco. Un artiste du texte et de la poésie qui met au travail ce qui le travaille : le langage, l’écrit, la parole et la voix. Nous avons pris langue un peu par hasard et, au fil des rencontres, une conversation s’est engagée. En invitant son travail en résidence pendant un an, j’entends poursuivre cette conversation et vous y associer. 

Résider, c’est l’anagramme de désirer. Et le désir, c’est la passion du signifiant, comme le disait Lacan. Eh bien : on va le prendre au mot pendant un an. Un an sans images, donc – à l’exception des images mentales que forment les lettres quand on les assemble en mots, et puis en phrases. Un an où on se donne le temps de bien faire les choses : il y aura des lectures, des rencontres, des causeries, des performances et d’autres artistes invités, qui tentent également, chacun à sa façon, de donner forme au langage. Le premier artiste invité à faire dialoguer son travail avec celui d’Alessandro est Laurent Sfar. C’est un ami de longue date – et un gros malade du langage, comme nous. Il présentera pendant trois mois quelques-uns de ses remarquables Ex-Libris.

A la barre de ce projet de travail en résidence, nous sommes trois : Alessandro De Francesco, Grégory Lang (Solang Production Paris Brussels) et moi-même. Je souligne que ce projet ne pourrait se réaliser sans le soutien constant, discret et généreux d’un quatrième mousquetaire : Galila Hollander, collectionneuse en cavale. Au fil des saisons, des mois et des jours, nous actualiserons les informations relatives à ce que nous organisons sur ce blog

François de Coninck

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